Pianiste et compositeur émérite, Thelonious Monk développa un style extrêmement personnel qui lui valut le respect de ses pairs et une reconnaissance mondiale. Il bénéficia même à titre posthume, d'une citation spéciale du Prix Pulitzer pour la musique en 2006. On lui doit des standards éternels du jazz comme Blue Monk et surtout Round Midnight. ”
Né en 1917 à Rocky Mountain en Caroline du Nord, Thelonious Monk commença l'apprentissage du piano de manière autodidacte. Les chroniqueurs rapportent qu'il jouait au côté de sa sœur aînée dés l’âge de six ans. La famille Monk quitta la campagne pour se rendre à New York en 1922. Enfant, il joua de l'harmonium au sein de sa congrégation et commença à jouer du jazz dés sa prime adolescence. Son style plein d'entrain est taxé de swing par ses aînés. Il est alors fortement influencé par le jeu du pianiste
Art Tatum, mais aussi par le style flamboyant de
Duke Ellington et James P. Johnson. Son séjour comme pianiste au club Minton au cours des années 40 va lui permettre de perfectionner considérablement son style composé de longs soli et d'improvisations virtuoses. Le Minton fut longtemps un haut lieu du bebop et Monk eut l'occasion d'y rencontrer les plus grands comme
Charlie Parker et
Dizzy Gillespie ou les futurs grands,
Miles Davis,
Sonny Rollins et
John Coltrane. En 1944, Thelonious Monk enregistre son premier disque au sein du Quartet du saxophoniste, star du bebop,
Coleman Hawkins. C'est également Hawkins qui propose à Monk de se joindre aux fameuses sessions de 1957 aux côtés de John Coltrane. Ses premiers enregistrements en tant que pianiste solo ou leader datent de 1947 et furent réalisés sur le très prestigieux label Blue Note. En 1951, un incident avec la police de New York lui doit d'être interdit dans les différents clubs de la ville où l'on sert de l'alcool. Thelonious Monk sera alors contraint de profiter de cette période d'isolement scénique pour composer, enregistrer et jouer en dehors de la ville. Ce qui aurait pu être catastrophique pour le musicien s'avère finalement une aubaine, puisque celui-ci enregistra entre 1950 et 1952 ses plus fameux disques chez Blue Note. Des sessions qui lui vaudront d'être reconnu et signé chez Prestige Records pour une durée de deux ans. Chez Prestige, Thelonious rencontre le saxophoniste
Sonny Rollins et le batteur
Art Blakey. En 1954, Monk est très demandé, il signe chez Riverside mais son style est si particulier que le public n'accroche pas et les ventes ne suivent pas. Il est alors obligé de quitter le label après avoir enregistré deux albums de standards de jazz, étant sous contrat pour un certain nombre d'albums chez Riverside. C'est une grande contrariété pour le pianiste, d'autant que sa première rencontre avec
Miles Davis au Festival des Géants du Jazz se passe très mal. Les deux hommes n'arrivent pas à communiquer. Pourtant, quand il signe
Thelonious Monk Plays Duke Ellington un album de reprises du roi du swing, les critiques sont d'accord pour affirmer qu'il touche au génie. Affirmation qui sera confirmée à la sortie de
Brilliant Corners, un album dont les structures extrêmement complexes étaient difficile à suivre, même pour les meilleurs accompagnateurs d'alors. Mais Thelonious Monk joue de malchance avec les autorités. En 1958, il est de nouveau arrêté à bord d'une voiture, avec un ami. Il est condamné pour refus d'obtempérer et perd de nouveau sa carte de musicien. Représenté par le plus grand des avocats afro-américains, il peut reprendre ses activités et regagner sa place dans les clubs de jazz. En 1964, c'est l'apogée de sa carrière, il apparaît en couverture du Time magazine et signe chez Columbia avec qui il enregistre de nombreux albums. Thelonious Monk disparaît de la scène au début des années 70 pour des raisons non élucidées. Certains chroniqueurs déclarèrent qu'il souffrait de maladie mentale, ce qui ne fut jamais prouvé. Ses derniers enregistrements datent de 1971. Il meurt d'une crise cardiaque en 1982. Sa musique très avant-gardiste sera largement redécouverte après sa mort et constitue aujourd'hui une source toujours vivante d'innovation dans le domaine du jazz, et de la musique populaire en général.