Je suis quelqu'un de versatile; j'écoute des genres très différents de chansons. Il y a des groupes qui ont trouvé leur registre et qui n'en démordent pas. Moi, j'ai toujours aimé la variété. ”
Beaucoup d’artistes traînent derrière eux un tube boulet, qui donne une vision un peu réductrice de leur image. Pensons à
Procol Harum, englués depuis des décennies dans leurs ombres un peu pâles, ou à
Europe, dont le « Final Countdown » fait désordre pour un groupe de metal… Mais le cas de Tom Jones est un peu extrême : chanteur pop de premier plan depuis les années 60, interprète de
Burt Bacharach et chantre de Bond-James-Bond, il a eu le malheur (ou le bonheur) de chanter un jour : « Sex Bomb, Sex Bomb, You’re My Sex Bomb »… Un tube pas franchement représentatif de ses qualités ! C’est dans une petite ville galloise au nom imprononçable : Pontypridd, que naît Thomas Jones Woodward, en pleine Guerre Mondiale. D’emblée, ses instituteurs remarquent chez lui une voix hors du commun : extrêmement puissante, elle atteint à l’adolescence un registre de baryton peu commun dans la pop. Mais dans cette région isolée, les débouchés sont minces. Le jeune homme gagne donc sa vie comme ouvrier et, en bon fan de
James Brown, chante du rythm’n blues le soir dans les pubs du coin. Un jour de 1964, un imprésario du nom de Gordon Mills trouve cependant le moyen de le rencontrer. Il lui invente son nom de scène : Tom Jones, d’après un roman de Henry Fielding, et, bien vite, lui écrit son premier tube : « It’s Not Unusual », qui se classe dès 1965 dans les hit-parades américains. D’emblée, Jones trouve une dégaine un tantinet rétro de blouson noir au sourire immaculé et aux démonstratifs effets de muscle, qui assoit durablement son succès auprès des dames, mais lui attire une certaine hostilité auprès de la gent masculine… Une position que bien des crooners connurent, avant et après lui ! Quelques mois plus tard, le film « What’s New Pussycat » finit d’en faire une star. Avec sa BO de Bacharach et David, et son scénario signé
Woody Allen, c’est un succès. Tom Jones interprète la célèbre chanson du générique. Il enfoncera le clou en créant « Thunderball », une des nombreuses vignettes musicales destinées à l’agent 007, pour le film « Opération Tonnerre ». Dès 1966, remarquant un désintérêt relatif des jeunes pour sa musique, Jones choisit cependant de mettre sa voix au service d’une musique sans âge, mélange de swing, de country et de pop, conçu pour animer les nuits de gala et les shows télévisés américains. Il multiplie les tubes (« Delilah », « I’ll Never Fall In Love Again », « She’s A Lady »…) mais se fossilise avant l’heure, suivant en cela le parcours de Paul Anka… Après un dernier succès en 1977 (« Say You’ll Stay Until Tomorrow »), il sombre peu à peu dans l’oubli, adulé des seuls habitués de Las Vegas, où il semble avoir pris racine. Ses disques, pas si rares, le voient s’adonner à de la country pour les familles très éloignée de ses premières passions. Un retour en Grande-Bretagne en 1987, à l’occasion de la comédie musicale « Matador », lui apporte son premier succès depuis dix ans : « A Boy From Nowhere ». Et dès lors, des collaborateurs assez inattendus se succèdent pour le remettre en selle. Ce sont d’abord les expérimentateurs electro d’
Art Of Noise qui lui proposent de reprendre « Kiss », de
Prince. Excellente idée, le titre se classe dans les charts en 1988. Puis,
Van Morrison contribue à renouveler son répertoire sur Carrying A Torch (1991). Enfin, New Model Army lui arrange en 1993 une reprise de « Gimme Shelter » des
Stones, un titre taillé à sa démesure. A la sortie de l’album « The Lead And How To Swing It », en 1994, Tom Jones a donc accompli l’exploit de (presque) se « déringardiser ». Avec ses arrangements électroniques, l’album bénéficie d’un bon accueil critique et obtient un premier écho auprès des DJ’s. Mais Tom Jones, les années suivantes, préfère conserver le silence, s’accordant tout juste en 1996 un savoureux moment d’autodérision dans « Mars Attacks » de Tim Burton… C’est pourquoi la sortie de « Reload », en 1999, est une surprise pour tout le monde. Des
Kinks aux
Talking Heads, en passant par
Iggy Pop,
Randy Newman ou
Lenny Kravitz il montre l’étendue de ses goûts musicaux. Et surtout, il contient cette fameuse « Sex Bomb », arrangée par Mousse T, appelée à devenir l’un des grand classique de la chanson kitsch… Depuis le début du 21ème siècle, il est surtout apparu dans les bacs à l’occasion de rééditions ou de compilations… Mais "Mr. Jones", enregistré en 2002 avec le soutien de
Wyclef Jean a apporté une nouvelle surprise à la critique, de même que sa collaboration avec Jools Holland en 2004 ! Il coule depuis des jours paisibles, quelque part au soleil...