Toots & The Maytals, c'est un peu comme
Bob Marley & The Wailers : tout un pan de la musique jamaïcaine concentré dans une vie. À une différence près, pour Toots, cette aventure commencée à l'orée des années soixante continue encore ! À l'origine, Toots Hibbert épaulé par Raleigh Gordon et Jerry Matthias dès 1962 sont barrés ska et rock steady. En ces temps reculés, le reggae n'existe pas encore ! C'est pourtant à eux que l'on prête l'invention du terme, des années plus tard, au détour du titre d'un morceau enregistré pour le producteur
Leslie Kong :
"Do the reggay" (oui, avec un "y"). Nous sommes en 1968 et les lascars ont aussi déjà travaillé avec Coxsone, les Skatalites, Prince Buster… On leur doit notamment un morceau qui est encore repris de nos jours : "
54-46".
"That's my number", précisait Toots dans la foulée. Ce qui est la vérité puisque c'était son numéro de matricule suite à un séjour en prison pour possession de marijuana.
C'est ce vieux renard de Chris Blackwell qui va les propulser sur le devant de la scène. Le reggae cette fois s'annonce comme un courant majeur de l'histoire musicale. On raconte que le boss d'Island hésita entre déployer tous ses efforts sur Toots et sa bande ou sur celle de Marley… Quoi qu'il en soit, cette période fut profitable au groupe. Du film
The Harder They Come auquel ils participent (on les retrouvera plus tard sur la bande son de
Countryman), à des albums comme
Funky Kingston,
Reggae Got Soul ou
Pass The Pipe, les années soixante-dix verront Toots & The Maytals atteindre des sommets avec leur reggae flamboyant, un peu funky parfois, toujours convaincant. Particulièrement en live où ce "big band" donne toute sa mesure. Pourtant, en 1982, c'est le split. Mais Toots Hibbert reconstitue une équipe et repart de plus belle, multipliant les albums et les concerts avec une force rare. En 1998, il se fend d'un hommage à Marley,
An Hour Live où il reprend
"Get Up Stand Up". Si les compilations, vidéos et enregistrements lives constituent l'essentiel de la discographie des Maytals depuis 15 ans, il y a malgré tout, de temps à autre, des albums-studio qui ravivent la flamme :
Ska Father (sur Allah Son en 1998),
World Is Turning (XIII Bis en 2003),
True Love (sur V2 en 2004). Et ce n'est pas fini.