Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale / Tu masques ton visage en lisant ton journal / Tu marches tel un robot dans les couloirs du metro / Les gens ne te touchent pas, il faut faire le premier pas. ”
Trust reste le groupe le plus représentatif d'une musique peu défendue en France : le hard-rock. Fondé en pleine vague punk, il fut un temps le principal rival de
Téléphone avant de devenir un phénomène à part, revendicatif et rock'n roll... Minés par des querelles qui les ont conduits à se séparer et à se reformer trois ou quatre fois, les musiciens sont toujours en activité, visiblement prêts à s'engager dans tous les conflits sociaux et politiques.
C'est en 1977 que se fonde le groupe, autour de Bernard Bonvoisin (alias Bernie) et Norbert Krief (alias Nono). Ils engageront tout un défilé de musiciens par la suite avant de garder auprès d’eux David Jacob, Fred Guillemet et Yves Brusco ( alias Vivi). Entre temps, une dizaine de batteurs s'essaieront au groupe, comme Nicko McBrain (ancien batteur d'
Iron Maiden) ou Clive Burr.
Plutôt rebelle,
Trust est dès le début, victime d'ostracisme de la part des médias et des labels. Après une brève collaboration (pour le single "Prends Pas Ton Flingue"), le label Pathé Marconi décide notamment lâcher le groupe pour privilégier la musique, plus consensuelle, de Téléphone. C'est donc la scène qui leur permet de se faire connaître. Certains clubs parisiens, comme le Golf Drouot, les engagent pour des concerts régulier, ce qui les amène à jouer en première partie d’
AC/DC dès 1978. En sympathisant avec les superstars australiennes, les musiciens s'ouvrent des portes. Ils signent chez CBS et partent enregistrer un premier album à Londres ("Trust", 1979).
Mais c'est véritablement en 1980 que Bernie et ses acolytes connaissent le succès avec l'album « Repression ». Il contient le titre « Antisocial », qui restera non seulement la chanson emblématique du groupe, mais un véritable hymne, sonnant la fin de l'utopie des seventies et le début des messages froids, lapidaires et désillusionnés qui domineront le rock dans la décennie suivante. Des groupes comme
Bérurier Noir ou
Parabellum seront évidemment marqués par le texte et le ton de ce morceau, hurlé ou scandé plutôt que chanté. "Antisocial" arrivera même jusqu'aux oreilles d'
Anthrax, qui s'offrira une reprise en 1988.
Au début des années 80, Trust reste un groupe majeur, la référence des amateurs de rock dur. La guitare, virtuose, de Nono leur offre un public spécifique, à distinguer des punks qui préfèrent plus de minimalisme. Les albums s'enchaînent : "Marche Ou Crève" (1981), "Trust IV" (1983), "Rock'n Roll" (1984)... Le groupe s'offre aussi des prestations en compagnie de références internationales du hard-rock, comme Iron Maiden. A tel point qu'en 1982, il se paie le luxe de refuser d'accompagner
Judas Priest en tournée !
Mais dès le milieu de la décennie, les choses se dégradent. Bernie rêve déjà du grand écran et le groupe commence son cycle infernal de séparations et de reformations. Nono devient un temps le guitariste de
Johnny, tandis que Bernard Bonvoisin se lance dans une peu convaincante carrière solo. En 1988,
Trust ressuscite le temps d'un album live « Paris by Night », qui s'avèrera un nouveau pétard mouillé. Le groupe se sépare une deuxième fois et il faut attendre 1992 pour le voir réapparaître... le temps d'une tournée. Quatre ans s'écoulent en effet avant qu'un album voie le jour, "Europe Et Haine" (1996). Disque d'or, il n'empêche pas la formation de se dissoudre à nouveau quelques mois plus tard...
Bernie Bonvoisin accomplit alors son vieux fantasme cinématographique. Il réalise « Les Démons de Jésus » (1997), succès critique, puis deux films plus discrets et discutables : « Les Grandes Bouches » (1999) et « Blanche » (2002). Après une nouvelle reformation éphémère en 2000, le temps de sortir l'album "Ni Dieu Ni Maître", Trust est réapparu sur le devant de la scène en 2006 lors d’un concert au festival des Terres-Neuvas. En pleine "campagne scénique", le groupe sortira un nouvel album le 20 novembre 2006. Si l'on en croit le titre "Sarkoland", il y a de grandes chances pour que certains en prennent pour leur grade !