Dear Science de TV On The Radio



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Le funk et les ballades propres de Dear Science



Dear Science de TV On The Radio faisait partie des albums très attendus de la rentrée musicale. Quelques titres surperbes ne parviennent pourtant pas à réhausser un ensemble fait de rock funky et de ballades, droit et trop bien peigné. A qui la faute ?

Bien sûr, nous n'étions pas en studio avec le groupe et toutes nos suppositions sur les raisons de cet échec ne seront jamais que des hypothèses mal étayées mais les faits sont là : Desperate Youth, Bloodthirsty Babes était l'oeuvre de musiciens inventifs amoureux de rock et de doo-wop, Return To Cookie Mountain était un chef d'oeuvre de rock brumeux post-psychédélique, Dear Science est un album de rock funky taillé pour les plus grandes salles du XXIème siècle. TV On The Radio n'en est pas encore à chasser sur le territoire de Coldplay mais l'influence de The Cure qu'on entend sur ce nouveau disque est bien celle des moments les plus démagos et les moins intéressants.

Bon, "Halfway Home" ouvre l'album façon Radiohead, pas forcément la pire des référence en matière de rock à stade et puis quelques morceaux funky comme "Crying" ou "Dancing Choose" donnent vraiment envie de bouger son boule. Et puis la paire "DLZ" et "Lover's Day" qui clôt l'album est simplement magnifique. L'album n'est pas une catastrophe totale, loin de là, et même s'il y a deux fois plus de ballades à grands sentiments qu'avant et deux fois moins de bizarreries psychés, on avait par le passé su faire avec le côté U2 des paroles de "Province". Seulement voilà, à Dear Science il manque le filtre qui aurait pu rendre n'importe quoi acceptable : la production géniale de Dave Sitek.

De son propre aveu, Sitek était complétement défoncé quand il mixait Return To Cookie Mountain. D'où ce son imprécis, ces instruments qui se mélangeaient, les choeurs qui passaient devant la voix lead, les caisses claires devant les guitares, les basses qui étouffaient tout... Dear Science en comparaison est propre, clair, bien peigné et la chemise boutonnée jusqu'en haut. Un beau travail de professionnel qui a du ravir les gens d'Interscope.

 

Ici on commence à spéculer : est-ce parce que TV On The Radio a quitté son label indépendant ? Est-ce parce que Sitek était trop occupé à fricotter avec Scarlett Johansson ? Est-ce la faute du groupe qui a voulu répondre aux envies d'un grand public pervertis par toute une industrie musicale qui n'agit depuis des années qu'en fonction de l'image pervertie qu'elle-même a des envies primaires supposées du public ?

On aurait beau jeu en effet d'accuser TV On The Radio de se prostituer pour sa maison de disque. Oh, ils sont bien sûr responsables de Dear Science mais nous, ne sommes-nous pas collectivement responsable aussi ? On fait de la musique ainsi parce que c'est ce que le public écoute. Il l'écoute parce qu'il n'a pas l'éducation musicale que les pingres et les démagogues que nous élisons leur refuse. On la produit parce que quand nous l'entendons dans une pub, nous nous laissons influencer et nous allons acheter ce qu'on nous dit d'acheter. Nous l'écoutons parce qu'après une journée de travail, il est plus facile de partager le sentiment de Tunde Adebimpe quand il chante "Fuck your War" sur "Red Dress" que d'effectivement faire quelque chose contre cette guerre.

Allez, on se réécoute "DLZ" qui est tout de même excellente et on arrête de penser que si "Shout Me Out" est démago c'est de notre faute parce qu'on a acheté ce yahourt que le Velvet Underground nous a dit d'acheter. Salauds de TV On The Radio !

 

2goldfish Le 22 septembre 2008

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