Ewart Bekford aka U-Roy est désormais affublé d'un "daddy" en égard à son âge (65 ans au compteur) et à son oeuvre de pionnier. Comme d'autres vétérans, il fait figure de parrain pour les jeunes générations. L'homme que l'on appelle donc désormais Daddy U-Roy est en effet une légende vivante. Il symbolise à lui seul le phénomène du DJing à la sauce jamaïcaine. Non pas celui qui manipule les platines, l'opérateur est là pour ça, mais celui qui parle dans le micro. C'est lui qui s'amuse à rajouter des lyrics, jouer sur les mots, à improviser et lancer des gimmicks sur les "versions" déversées dans les enceintes des sound-systems. Une révolution vocale qui entre en synergie avec le dub : U-Roy est le prototype du toaster. L'ancêtre de tous ceux qui s'exprimeront ensuite avec un micro sur une ligne de basse et un riddim bien frappé : du dancehall au rap, en passant par le ragga, le hip hop et la jungle. C'est dire l'importance du personnage. Au début, à la fin des années soixante, il "anime" le sound-system de
King Tubby, le
Home Town Hi-Fi. Mais c'est Duke Reid qui va consigner ses exercices de styles sur des dubplates (cf.
Version Galore,
With Words Of Wisdom).
Son premier "vrai" album ne paraîtra qu'en 1975. Son titre :
Dread In A Babylon. Sur la pochette, U-Roy est affalé sur une chaise, dans son jardin, en train de tirer comme un damné sur un chalice… Il fait rapidement des émules. Certains copieront même son pseudo :
I-Roy ou
U-Brown, par exemple, avec qui "the originator" fera un "clash" sur
Carib Gems… En 1976 paraît
Natty Rebel qui reste son album le plus connu avec des tracks comme
"Babylon burning", "Natty kung fu",
"Travelling man",
"Fire in a trench town". Il enregistre également sous le contrôle de Bunny Lee, Tony Robinson, Tapper Zuckie et Prince Jazzbo durant les années 80s. Malgré l'arrivée en force du dancehall et du ragga, sa notoriété reste intacte. Durant les années 90s, c'est
Mad Professor qui va lui offrir de continuer de poser sa voix nasillarde très caractéristique sur les riddims qu'il concocte avec ses musiciens attitrés (Black Steel, etc.) dans son studio Ariwa. On dénombre trois albums en commun:
True Born African (décliné en version dub comme il se doit),
Smile A While et Babylon
Kingdown Must Fall (en 1996).
On notera également, une confrontation avec Josey Wales,
Teacher Meets The Students, sur Sonic Sounds en 92. Le nouveau millénaire aligne beaucoup de rééditions des trésors du passé. Mais question nouveautés, ce sont essentiellement des structures françaises comme
Tabou 1 (cf.
Serious Matter, Now) qui assurent. On signalera aussi
Rebel In Styylle, une collection de duo avec Lukie D, Thriller U,
Bushman, Tony Tuff et
Anthony B qui prouve que U-Roy a toujours le verbe haut, comme on peut le constater également live & direct, lors de ses trop rares apparitions publiques.