Il est des albums qui méritent mieux que ces temps de superficialité et de tendances futiles. North Star Deserter de Vic Chesnutt est de ceux-là. Album ample d'une générosité inouïe, il célèbre la rencontre de Vic Chesnutt et des musiciens de The Silver Mt. Zion Memorial Orchestra and Tra-la-la Band, soit la fine fleur du label Constellation et l'un des meilleurs paroliers de l'americana contemporaine.
Il y a d'abord la poésie que Vic Chesnutt clame de sa voix cassée de baladin alcoolique (ce qu'il a longtemps été, et qu'il avoue sur son fameux album
Drunk), ses métaphores teintées de religion ("
Glossolalia"), ses histoires de villes abandonnées, ses constatations désabusées sur la vie, l'amour, le passé et la douleur existentielle. Et puis il y a l'accompagnement du Silver Mt. Zion Memorial Orchestra, à la fois incandescent, plein de saturation et d'électricité (le mémorable "
Everything I Say", "
Splendid", le terrible "
Debriefing"), intimiste et tout à l'écoute du chanteur ("
Warm", "
Wallace Stevens", "
Fodder on Her Wings") quand ce n'est pas carrément d'une légèreté ahurissante, tel l'anthologique "
You are Never Alone". Sur
North Star Deserter, il y a des chansons qui vous plaquent contre un mur pour mieux vous faire pleurer ensuite. Les musiciens savent se poser et offrir un espace d'expression au poète américain et s'accorde parfaitement aux ambiances de Chesnutt.
North Star Deserter, est bel et bien une rencontre entre deux univers solidaires. Deux mondes qui, forcément, devaient se rencontrer.

Maxence Grugier
Le 11 January 2008
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