Avant de se hasarder sur un piano et d’écrire des textes sur les riens quotidiens avec un sens du détail digne de son père - la joie en moins - Vincent Delerm, fils unique de Philippe Delerm (auteur de
La Première Gorgée de Bière), joue le
Robert Smith dans Triste Sire, groupe de ses années lycée à tendance
Cure et
Joy Division. Tristounet, Vincent l’est dans ses textes fleur bleue. Le petit enfant de huit ans décrit dans
"Le Bonheur, Tableaux et Bavardages", celui qui veut devenir facteur pour voir ses parents tous les matins et qui éclate en sanglots, est resté sensible à l'adolescence.
Né le 31 août 1976, élevé par des parents professeurs de lettres et écrivains, il écoute
Alain Souchon ou
Françoise Hardy et s'imagine déjà en loser in love. A l’adolescence, il s’éloigne de son projet, puis en revient à ses premières amours avec
Michel Berger et
William Sheller. Lui qui n’a pas appris le piano se lance en autodidacte par admiration pour ces deux compositeurs. A Rouen, sa ville de naissance, Vincent entame des études de lettres. Il se voit malheureux, mais aussi professeur pendant une dizaine d’années, chantant en parallèle de son activité professionnelle.
Durant ses études universitaires, il se passionne pour le cinéma et
François Truffaut, le "cinéaste écrivain", auquel il consacre son année de maîtrise. Pendant la rédaction de son mémoire, Vincent continue ses gammes et met sa vie en musique. Il se sent attiré par les planches et le théâtre mais son jeu le déçoit. Le pianiste préfère se concentrer sur les blanches, les noires, les rondes et les silences. Avec les mélodies et les mots, il se projette dans les salles, écrit à la manière d'un roman et filme sur partition ses personnages. Mais les maisons de disques ne se bousculent pas encore. En 1998, il monte tout de même en scène devant les spectateurs de la salle Ronsard de Rouen. L’année suivante, il écrit quatre titres de
Vincent Delerm, son premier album.
A Paris, lieu de fascination où François Truffaut avait ses habitudes et où résidait sa grand-mère, le chanteur "rive gauche", le bobo de Saint-Michel, lieu des maisons d’édition, des librairies et des cinémas d’art et d’essai, fait la tournée des petits lieux de la capitale. Dans les cabarets du Marais, le public est restreint et parfois célèbre. L'écrivain
Daniel Pennac, Vincent Frèrebeau, le patron du label
Tôt ou Tard, ou le chanteur
Thomas Fersen font par exemple partie de son audience. Mais
François Morel est sa rencontre décisive. L’un des plus célèbres Deschiens tombe sous le charme de la démo : il la fait circuler dans les couloirs de
France Inter et la donne aux programmateurs des salles investies en tournée par la troupe de comédiens. La promotion fonctionne et Vincent Delerm se retrouve sur les ondes de la radio.
"Sur le Pont des Artistes", il joue deux chansons et commence à se faire un prénom. Malgré une cinquantaine de textes et sa diffusion radiophonique, Vincent Delerm n’a toujours pas enregistré d’album. En 2001,
Thomas Fersen lui propose sa première partie à La Cigale et le fait signer chez Tôt ou Tard, sa maison de disques. En 2002, il sort son premier opus,
Vincent Delerm, où il rend hommage au septième art, à
Fanny Ardant ou
Jean-Louis Trintignant, et où l’actrice
Irène Jacob est une lectrice de
Cosmopolitan. Sans promotion, mais grâce aux passages réguliers sur France Inter, l’album se vend bien et progresse jusqu’au 100 000e disque écoulé, bien au delà des 10 000 exemplaires fixés. Sa tournée (après la première partie de
Julien Clerc, Les Francofolies et son disque d’or) est une machine à dates et à rallonges.
En 2003, en plein concert à n’en plus finir,
Vincent Delerm est élu « Révélation » aux Victoires de la Musique. En 2004,
Kensington Square, réalisé et arrangé par Cyrille Wambergue, enregistré par Dominique Ledudal, paraît. Cette année là, "
Les filles de 1973 ont trente ans",
Keren Ann donne la réplique à
Dominique A dans "
Veruca Salt et Frank Black" et la "
Natation Synchronisée" prend des airs mexicains pour un clin d’œil au
Jean-Paul Belmondo du
Le Magnifique de
Philippe de Broca. Son timbre et son phrasé particuliers sont tellement moqués et imités que Vincent Delerm a parfois la voix de sa caricature, mais ses histoires et ses mélodies font son succès.
Grâce à
Fanny Ardant, le triste sire abandonne le regard doux-amer et la vision désabusée pour se la jouer drôle, malgré l'amour de papier en noir et blanc. Mais même mélancolique, il séduit les foules avec ses effleurements tendres et ses piques réfléchies. C'est justement de piques, de piqûres qu'il s'agit, dans son dernier album,
Les Piqûres D' Araignée, paru en septembre 2006.
Un nouvel album sort en novembre 2008, suivi d'une tournée dans toute la France, de février à mai 2009.
Sur Canal +, dans l'émission "20h10 pétantes", il ne veut pas rire et lit "L'Equipe" pendant la chronique que Stéphane Guillon lui consacre.