At Mount Zoomer de Wolf Parade



Critique

Lecteurs

Votre note

Des loups bienvenus dans la bergerie



Après le remarqué Apologies To The Queen Mary, Wolf Parade sort en début d’été son second opus, At Mount Zoomer. Une réussite prévisible, mais qui passe par d’inattendues circonvolutions.

-  Retrouvez cet album dans le top albums 2008 de Flu
 
Plus le temps passe, et plus le spectre de la nouveauté semble se resserrer, pressé de toutes parts par la musique que l'on assimile progressivement au cours des années. Mais d'un autre côté, la surprise à l'écoute d'un disque tend à être d'autant plus forte qu'elle se raréfie. Vieux jeune et déjà formidable con, j'ai aujourd'hui tendance à sous-estimer l'indécrottable trio guitare/basse/batterie, même agrémenté d'un soupçon de clavier : tout aurait déjà été fait.

D'un revers de manche de guitare électrique, At Mount Zoomer balaie ces présupposés imbéciles et attise ma foi payenne portée à la musique. A chacun son trip estival ; l'album des Canadiens aura été ma drogue d'août.

Dans le "sophomore" de Wolf Parade, on trouve un peu tout ce qui fait rêver le mélomane : de l'énergie rythmique contenue dans un mixage raffiné (un grand bravo au batteur/mixeur Arlen Thompson), des kilomètres de mélodies plus addictives les unes que les autres, une esthétique quelquefois surannée mais qui parvient à transcender le mauvais goût en puissance musicale imparable - ça n'est plus la chasse gardée de Of Montreal.

Prenant à contrepied la simplicité des morceaux de Apologies To The Queen Mary, un soin particulier a été apporté à la composition. Fait remarquable, le génie croisé de Dan Boeckner et Spencer Krug a su préserver une sorte d'immédiateté dans des structures pourtant inventives et complexes : ponts multiples, refrains gommés dans une succession de passages accrocheurs ("California Dreamer"), changements de tempo et montées vertigineuses, tous les artefacts si laids dans le rock progressif technique sont ici empreints d'une grâce simple et purement jouissive.

On aura beau repérer du Bowie dans "An Animal In Care", du Television sur "Fine Young Cannibal", du Arcade Fire dans l'énergie geignarde et le disco sans paillette, du Rien dans l'à-propos mélodique, il faut se rendre à l'évidence : le groupe s'accomode brillamment de ses multiples références et jongle habilement entre l'urgence d'un "The Grey Estates" et la classe immense de "Fine Young Cannibal", peut-être le morceau le plus impressionnant de cette cuvée 2008.

Riffs astucieux et claviers mixés en avant (bienheureux Hadji Bakara !) nous font presque oublier la qualité des vocaux, dont nous laissons l'analyse poussée aux anglophones de passage. Porté par une audace qui fait plaisir à entendre, le quartet file vers les cimes du rock avec "Kissing The Beehive", marathon jalonné de syncopes. Les chants de Dan et Spencer, enfin entremêlés, touchent au sublime lorsque résonne l'incantatoire "Fire In The Hole ! Fire In The Hole !" : un cri qui glace la song. La coda instrumentale, vrillée de synthés psychédéliques faisant la nique aux guitares acides, achève en beauté un disque dont on ne peut que saluer la hardiesse. C'est tout du moins ce que m'incline à faire mon goût immodéré pour les chansons gigognes...

François Clos Le 17 September 2008
- Exprimez-vous sur le forum Musique - Ecoutez les radios de Fluctuat : Radio Flu, Radio Pop Rock... - Suivre les fils rock et pop sur le blog musique - Consulter le who's who du rock et le who's who de la pop sur l'encyclo musique - Et lire aussi notre collec Histoire de la Musique : Histoire du Rock, Histoire du Rock Pyschédélique...