« Si quelqu’un disait que j’étais un sex symbol, je me raserai la tête dès demain »
Formé en janvier 77 - comme beaucoup d’autres, après un concert des
Sex Pistols -, X-Ray Spex va connaître une ascension (et une chute) rapide. Ils montent sur scène après six courtes répétitions et, à la fin 78, ils comptent déjà trois hits et presque autant de crises mystiques.
Musicalement, comme le groupe de
Rotten, ils peuvent être considérés comme un authentique punk band. Leur musique ne reposant pas sur de vieilles recettes heavy metal ou pub rock, comme la majorité des groupes qui se disent – ou qu’on dit - punks. Les textes parlent du monde qui les entoure, et de façon plutôt maline. Sur ce plan aussi, on est loin de la médiocrité qui caractérise souvent la concurrence.
L’essence du groupe repose sur la personnalité de Poly Styrene, la chanteuse. Petit bout de punkette qui, à l’opposé d’une
Debbie Harry, ressemble à cette Londonienne ordinaire qui arpente le trottoir d’Oxford Street ou la file d’attente du service d’aide sociale.
La position de Poly, quand à son « rôle » de femme au sein d’un groupe de rock, est intéressante. Elle refuse de se présenter sur scène comme un morceau de viande en minijupe : « Si quelqu’un disait que j’étais un sex symbol, je me raserai la tête dès demain ». Elle ajoute encore : « En fait, je ne pense pas à moi-même en tant que femme quand je suis sur scène. Je pense que je suis sans sexe. » A noter qu’outre Poly Styrene, le groupe compte une deuxième fille, Lora logic, au sax.
Les textes de Poly révèlent un esprit ironique, un portrait de l’époque à travers les yeux d’une adolescente élevée au poulet aux hormones :
Oh Bondage ! Up Yours !, I’m a Cliché, Identity, Germfree Adolescents. Les titres parlent d’eux-mêmes...
Poly na jamais eu recours aux clichés chers à la « clique »
Strummer-
Weller, elle décrit comme eux la société anglaise, mais le parfum de sédition qu’elle distille est homéopathique et subtil.
La mixité et l’usage du saxophone - instrument « non-punk », s’il en est – rendent X-Ray Spex immédiatement identifiable. Le sax est charmant et brouillon, et Poly est une merveilleuse « crieuse », la voix toujours à la limite de la rupture. Visuellement, les deux punkettes s’attachent à créer un look acidulé et fluo, tranchant avec la panoplie punk en vigueur.
A priori, X-Ray Spex disposait de tous les atouts pour s’imposer au sein de la scène post punk. C’était sans compter l’alcool, le speed, le départ de Lora – qui fondera Essential Logic - et la crise mystique de Poly.
Après une année 78 à plein régime, 79 semble commencer tout aussi bien, avec un nouveau hit. C’est ici qu’intervient la crise mystique de Poly. Elle se retire pour méditer, comme la première hippie venue, après une curieuse expérience. Elle aurait, en effet, aperçu un disque lumineux, flottant dans le ciel… Il est vrai que l’on consomme tant de produits bizarres, à l’époque ! Elle rejoindra Hare Krishna, comme l’a fait, quelques mois plus tôt, Laura Logic.
Depuis leur séparation, de nombreux enregistrements live ont paru et le line up original s’est même réuni, à une occasion, pour enregistrer de nouveaux titres.