| . | Entretien avec Chris Garneau |
| . | Entretien avec Do Make Say Think |
| . | Entretien avec Air |
| . | Entretien avec Hecuba |
| . | Entretien avec Mayer Hawthorne |
| . | Les interviews Musique |
| . | La pop-rock française, succès aux USA |
| . | Les clips à vélo |
| . | Le live sur clé USB |
| . | La nuit parisienne à l'agonie |
| . | Portrait vidéo d'un sosie de Michael Jackson |
| . | Articles Musique |



Porté par les simili-tubes synthétiques 80 "Psychic City" et "Summer Song", See Mystery Lights le nouvel album de Yacht s'annonce comme la plus réjouissante sortie de l'été.
Entamé en 2002 sous le nom de Y.A.C.H.T. pour "Young Americans Challenging High Technology", l'aventure du plaisancier électro Jona Bechtolt (ex-The Blow) aurait pu tourner court dans un maelstrom de break beat abstraits lorgnant plus vers Aphex Twin que vers DFA, le port d'attache et l'hébergeur actuel de Yacht. Mais, le destin symbolisé par une rencontre, et surtout l'affirmation décomplexée d'un amour certain pour les années 80 et une imagination débridée, en ont heureusement voulu autrement. En 2007, Bechtolt sort I Believe In You, Your Magic Is Real, un album qui emprunte autant aux rythmes roboratifs de la disco underground (celle qui plait tant à James Murphy de DFA records justement) qu'aux classiques de l'indie-pop des 90's (The Flaming Lips, Nirvana, etc.) sans oublier de parsemer ses morceaux d'éclats electronica persistants. C'est ce qui faisait la magie de ce disque étrange, bancal il est vrai, mais attachant et surtout, extrêmement créatif. En 2008, Jona Bechtolt rencontre par chance Claire Evans, blondinette typiquement américaine, propre sur elle, gentiment (faussement aussi) BCBG et accessoirement, écrivain de science-fiction. C'est elle désormais qui l'accompagnera et animera les shows du duo de sa voix claire et didactique. Car le Yacht nouveau est porteur d'un "message". Le duo se veut le tributaire (ironique) de la philosophie d'un certain capitalisme new age des années 80, celui qui marchait à l'investissement moral (et religieux) en utilisant la naïveté de ses futurs victimes (et dont le modèle de commerce pyramidal est le parfait exemple).

Le discours souvent à double sens sur See Mystery Lights est évidemment plein d'humour mais cela n'aidera certainement pas la France et ses cohortes de Besançenot (qui en sont généralement totalement dénués) à comprendre le propos du groupe. Leurs performances à base d'animations new age réalisées sur powerpoint (abus de triangle censé canaliser l'énergie, gesticulations "pédagogiques" dignes des séminaires économiques les plus ringards, etc.) donnent pourtant une idée assez nette de la philosophie du duo, mais qu'importe puisque même si nous nous contentons de nous attarder sur la musique, le projet Yacht fonctionne très bien aussi.
Musicalement Yacht transcende deux décennies de productions musicales, de la new wave au disco, en passant par le krautrock, le post-punk, un soupçon de grunge (les premiers amours du fondateur du duo) et, ce qui est nouveau ici, une ambiance fervente proche du gospel. Un exemple sur le sautillant "The Afterlife", titre au discours religieux inspiré par le mouvement "Born again Christian" du type de celui présenté sur leur site officiel : “Yacht believes in an Afterlife. Yacht does not believe in ‘Heaven,’ or ‘Hell”) ou encore "Don't Fight the Darkness" avec son refrain: "Don't fight the darkness / Bring the light / And darkness (Will disappear)" (" Ne combattez pas les ténèbres / Apportez la lumière / Et les ténèbres (disparaîtront) ").Le fait que le discours de See Mystery Lights sonne comme le genre de sermon que l'on peut entendre dans un camp d'été animé par des scouts ne doit pas vous effrayer. L'album est en réalité un parfait condensé de ce qui se fait de bon aujourd'hui quand il s'agit de sublimer les 80's. Des hymnes à danser, mais aussi des pop song catchy et entêtantes. En fait Yacht vogue magnifiquement sur des eaux déjà explorées en vrac par Neon Neon, LCD Soundsystem, The Juan MacLean et autres histrions punk-funk tardif. Une liste derrière laquelle se cache bien évidemment Talking Heads, Tom Tom Club, Liquid Liquid, ESG, Art of Noise ou Lizzy Mercier Descloux, soit une bonne part du catalogue de labels emblématiques de cette époque tels que, ZTT, Ze Records, 99 Records ou Souljaz. La différence ? Un ton nouveau, des mélanges qui pourraient sembler encore plus audacieux et une légèreté qui faisaient parfois défaut à ses collègues de DFA. Si le duo ne se prend pas au sérieux (il suffit de voir le clip de "Summer Song" pour s'en persuader), autant dire que ce See Mystery Lights n'a pas à rougir face à ses glorieux prédécesseurs et s'avère également nettement plus accompli que le précédent opus. Un album que l'on osera même taxer de "limite indispensable" même. So, "Move your feet on the summer song", right now !
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z