I Am Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass de Yo La Tengo



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May I Sing With Them



Avec I am not Afraid of You and I Will Beat Your Ass, Yo La Tengo nous offre une nouvelle fois la preuve de son indéfectible et sincère attachement. Comment expliquer sinon, que ce groupe soit le dernier de sa génération - avec Sonic Youth - à offrir d'aussi bons disques depuis près de vingt ans ? Un modèle de générosité et de fidélité que ce nouvel album ne démentira pas.
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Depuis toujours Yo La Tengo a le cul entre deux chaises. Un nom à coucher dehors, un manque d'ambition affiché (ou plus certainement, un ego raisonnable) et parallèlement un aura incontournable et une place bien à eux dans le vivier indé (ou ce qui en tient lieu aujourd'hui). Originaire d'Hoboken dans le New Jersey, un quartier qui fût longtemps le refuge de la pop boisée de feu les Feelies, Speed The Plough et autres East River Pipe, le désormais trio (ils commencèrent à quatre, accompagnés par le guitariste David Schramm) a tâté de tous les genres, parfois sur un même album, tout en réussissant toujours à garder une parfaite homogénéité.

Dans cette optique, I am not Afraid of You and I Will Beat Your Ass s'affiche à la fois comme le digne représentant du Yo La Tengo éclectique et enthousiaste des débuts, (les fameux President Yo La Tengo, New wave Hot Dog, May I Sing With Me et Painfull) tout en présentant tous les symptômes de la maturité. Pour autant, n'allez pas croire que l'effervescence parfois brouillonne des années d'apprentissage n'est devenu qu'un bouillon tiédasse. Au contraire de And Then Nothing Turned Itself Inside Out, un rien soporifique même si magnifiquement écrit, l'aisance remplace ici l'intrépidité, et nous prouve encore qu'Ira kaplan, Georgia Hubley et James McNew sont toujours près à se lancer dans les méandres de l'expérimentation sonique.

Comme pour illustrer mon propos, l'album commence par "Pass the Hatchet, I Think I'm Goodkind", long brûlot électrique qui n'est pas sans rappeler le meilleur de la période précitée. Pourtant, malgré cette introduction et son titre bravache, ce nouvel opus fait finalement la part belle aux balades et n'oublie jamais les mélodies et l'harmonie. De l'intro ambiant de "Black Flower" à la douceur de "I Feel Like Going Home" - qui commence comme le "Ocean" du Velvet Underground et finit comme un classique californien de Steely Dan, avec des arrangements de cordes et une guitare langoureuse - en passant par les arpèges de piano de "Tonight", I am not Afraid of You semble né sous le signe de la sérénité. Pour le fun, certains de ses titres les plus sucrés s'embellissent même d'une touche de swing insouciant ("Sometimes I don't Get You" ou "The Weakest Part").

Toujours vert, le facétieux trio s'autorise aussi quelques excentricités, une manie récurrente chez eux, tel le très soul "Mr. Tough", sur lequel Ira et James posent comiquement leurs voix de falseto, accompagnées d'un piano funky, du frottement souple des charleys, et de cuivres à l'avenant. Parmi les autres étrangetés, on trouvera "Beanbag Chair", un honky tonk bastringue pour baloche et fin de soirée dans le Montana, ou le franchement baroque "The Room Got Heavy", dans lequel Georgia récite son texte d'une douce - mais monocorde - voix, sur un rythme quasi jungle (?) tandis que le groupe s'efforce de suivre vaillamment, toutes guitares et orgue dehors.
A son habitude, Yo La Tengo n'oublie pas le vrai rock'n'roll, ainsi qu'une bonne couche de psychédélisme, sur le Birdien "The Race is on Again", sans oublier le garage punk-rock de "Ronnie".
Quand à "The Story of Yo la Tengo", digression sonore de 10 minutes et 48 secondes, il clôture l'album sur un effet miroir implacable, le renvoyant au premier morceau tout en flirtant audacieusement avec les Ambiant Works d'Aphex Twin, où les moments les plus intenses de l'album White Light / White Heat du Velvet, dans un final aventureux qui ravira les fans des débuts expérimentaux du groupe.

Globalement, la liberté acquise par le trio au contact du Sun Ra Arkestra (Other Dimensions In Music) avec lesquels les membres du groupe jamment souvent depuis leur relecture de "Nuclear War", se sent tout au long de cet album. Excellents musiciens, les Yo La Tengo ont acquis une liberté qui, alliée à une inventivité et une générosité à toute épreuve, ne peut que faire penser à un autre grand groupe US, Sonic Youth, à l'image desquels les trois d'Hoboken continuent de creuser, année après année et pour notre plus grand bonheur, le riche sillon de la culture pop d'hier et d'aujourd'hui.

I am not afraid of You and I will beat your Ass
Yo La Tengo

Matador Records
Sortie le 11 septembre 2006

Maxence Grugier Le 12 September 2006
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Sur le Web : - Le site officiel de Yo La Tengo - La page de Yo La Tengo sur le site du label Matador - Le blog Myspace de Yo La Tengo (deux morceaux en écoute)